Après quelques virages au-dessus du littoral de Saint-Paul, sur la côte Ouest de La Réunion, le thermomètre commence à descendre, de quoi apprécier la fraîcheur su la po si on a oublié son pull à la kaz. Les cryptomérias remplacent les filaos et la brume enveloppe doucement les hauteurs de l'Ouest.
C’est ici que pousse le café Bourbon Pointu, un arabica rare sauvé de l'oubli par des producteurs passionnés.
On vous emmène à la rencontre de ce produit d'exception, véritable zarlor de notre terroir réunionnais.
Introduit à La Réunion au début du XVIIIe siècle, cet arabica lontan doit son nom à ses plants et ses grains étonnamment fuselés, presque pointus. Apprécié pour sa finesse, ce café de La Réunion connaît une période de gloire - Louis XV en avait fait son rituel matinal - avant de s'effacer au profit de cultures aux rendements plus faciles, comme la canne à sucre.
C'était sans compter sur une poignée de producteurs engagés qui, au début des années 2000, ont joué les détectives pour retrouver les derniers caféiers sauvages au fond des jardins créoles. Sauvée de justesse, cette variété mythique renaît aujourd'hui sur les hauteurs de l’île. Les volumes restent ultra-confidentiels, mais chaque récolte est un petit miracle.
Le café Bourbon Pointu est exigeant. Pour s'épanouir, il a besoin d'altitude, de terres volcaniques et d'un climat bien particulier. Chaque après-midi, la brume des Hauts vient lui servir d'abri contre la lumière trop crue du soleil tropical. Ce coup de frais ralentit la pousse des plants, donnant aux cerises le temps de concentrer leurs arômes.
Dans les haut de Saint-Paul, du côté de Bois-de-Nèfles ou du Guillaume, chaque producteur adapte ses méthodes à son terrain et à son microclimat. Dans ces vergers en pente de l'Ouest, pas de place pour les machines. La cueillette reste une affaire de patience absolue : on sélectionne les fruits à la main, un par un, en plusieurs passages, uniquement quand le grain la fine mûrir et affiche un rouge parfait.
Le Bourbon Pointu a une particularité bien à lui : son taux de caféine est minuscule (moitié moins qu'un arabica standard). Pas besoin de traitement chimique, c'est juste la nature qui protège votre sommeil.
Loin des expressos corsés qui brusquent les papilles, le Bourbon Pointu se révèle en bouche comme une caresse fluide et douce. C’est d'ailleurs le profil type qui réconcilie les fâchés du café noir (ceux qui ont d'ordinaire besoin de trois morceaux de sucre pour faire passer la pilule).
Sa palette aromatique se déploie tout en nuance : des notes subtiles de fleurs blanches, de fruits jaunes, une pointe d'agrumes et un soupçon de miel. Ce profil délicat est préservé grâce à une torréfaction artisanale locale qui respecte la fraîcheur de la récolte.
Un conseil ? Savourez-le au réveil pour faire le plein d'énergie positive avant d'aller randonner dans le cirque de Mafate, ou dégustez-le en fin de repas pour ponctuer en beauté une initiation à la cuisine créole, loin du petit noir avalé sur le pouce entre deux e-mails.

Pour capter toute l'histoire du Bourbon Pointu, le mieux est encore de filer dans les Hauts de l’Ouest, là où l'agritourisme se vit en mode slow.
Au Domaine des Caféiers seule plantation certifiée bio de l’île , on vous y explique le séchage sur claies et le tri manuel. Vous pouvez aussi prolonger l'exploration du côté de la Café-Hier.
Une fois les secrets percés, redescendez vers le centre-ville de Saint-Paul pour une pause cosy au Le Café 1715, l’adresse idéale pour voir cet élixir extrait dans les règles de l'art du slow coffee.
Production artisanale au compte-gouttes oblige, vous ne le trouverez pas en grande surface. Trois options s'offrent à vous :
Son prix (comptez généralement entre 30 et 50 € le sachet de 250g) reflète sa rareté mondiale et son mode de production 100 % manuel. Le rendement par caféier est minuscule et le tri des grains se fait grain par grain. C'est le prix de l'artisanat d'art appliqué au café.
Pour lui faire honneur, rangez la cafetière italienne ou à piston classique. Le Bourbon Pointu s'exprime au sommet de son art en "méthode douce" (filtre type V60 ou Chemex) avec une eau frémissante mais non bouillante (autour de 90°C). C'est ainsi que vous libérerez ses précieuses notes de fruits et de fleurs.
Le café est un produit vivant qui redoute l'air, la lumière et les odeurs parasites. Conservez votre précieux sachet bien fermé dans une boîte hermétique, idéalement dans un placard frais et sec. Surtout, ne le mettez pas au réfrigérateur, il absorberait les odeurs de vos fromages !
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