Le cimetière marin, à deux pas du centre-ville et du marché forain de Saint-Paul, est empreint de mystères et de légendes.
Blotti entre la Grotte du Peuplement et la plage de sable noir, il reflète la richesse historique et culturelle de La Réunion.
Ses allées bordées de cocotiers et ses croix en corail caressées par les embruns invitent à une promenade émouvante, à la rencontre de ceux qui ont façonné l’identité de notre île.
Berceau du peuplement, Saint-Paul connaît une destinée extraordinaire. Mais au XVIIIe siècle, une épidémie sature l’unique cimetière près de l’église paroissiale de la commune. D’où la création, en 1788, du cimetière marin en bord de mer de l’ouest de La Réunion…
Inscrit au titre des monuments historiques depuis 2011, il est implanté face aux eaux scintillantes de la baie du meilleur ancrage et fait partie intégrante de notre patrimoine immatériel de l’île.
Les sépultures d’anciens colons y côtoient celles de forbans, de grands propriétaires terriens, d’engagés indiens et chinois, d’hommes politiques, de poètes et d’inconnus. Une véritable « société ventre en l’air », selon Prosper Ève, qui retrace l’épopée des pionniers !

Au XXe siècle, le cimetière marin de Saint-Paul subit une série de catastrophes naturelles. Peu à peu, il est laissé à l’abandon. On le restaure finalement dans les années 1970 pour accueillir les cendres de Leconte de Lisle rapatriées de France.
D’autres figures notables y reposent :
Adossé au caveau de la famille Desbassyns se trouve le mémorial du pirate Olivier Levasseur, dit La Buse. Mais ni lui ni son trésor n’y sont, le cimetière datant de bien après son exécution…
Qui est enterré au cimetière marin de Saint-Paul ? Entre les stèles rongées par l’air salin et les tombes que plus personne ne vient fleurir, pas toujours facile de le savoir. Côté mer, c’est le cimetière des esclaves oubliés qui invite au recueillement.
Des fouilles menées après le cyclone Gamède ont en effet révélé leurs ossements ensevelis dans le sable. Cet ensemble funéraire, le premier de ce type mis au jour dans la région, rappelle une page douloureuse de l’histoire de l’île de La Réunion.
D’autant qu’à l’époque, seuls les catholiques pouvaient être inhumés au cimetière. Plus de 2 000 esclaves ont ainsi été mis à l’écart. Aujourd’hui, une plaque commémorative honore enfin leur mémoire.
La disposition aléatoire des tombes surprend de prime abord. Aucune section n’est clairement délimitée hormis l’allée centrale. Mais le site, bien entretenu, garde fière allure avec ses fleurs et ses oiseaux de paradis.
On y découvre de curieuses épitaphes, comme celle d’Eraste Feuillet, capitaine au long cours « victime de sa générosité ». Plus loin, des panneaux évoquent le drame des naufragés du Ker-Anna.
Au détour des allées, les frangipaniers libèrent leur parfum délicat tandis que s’ouvre une superbe vue sur l’océan Indien et les montagnes verdoyantes des hauts de l’ouest. Au loin, on devine même le Cap La Houssaye.
Qu’importe le sens de la visite, seule l’ambiance change selon le moment. Au petit matin, le silence des pierres se mêle à la douceur des embruns. En fin de journée, le coucher du soleil offre une dernière lueur aux souvenirs et un moment suspendu avant de rentrer à la maison.
Accès : en voiture ou à pied depuis le centre-ville
Localisation : voir sur la carte
Parking à proximité : oui
Entrée : libre
Durée moyenne de visite : 1 h
À combiner avec : balade sur le front de mer, Grotte des Premiers Français, marché forain
Voir aussi : Que faire à Saint-Paul ?
Bon plan : Zarlor visite guidée de la ville
Oui, en faisant preuve de discrétion et de respect.
Non, le site est aujourd’hui un cimetière laïque.
Vous pouvez visiter le cimetière marin de Saint-Paul tous les jours de 6h à 18 h.
L’allée principale est accessible mais l’espace dans le reste du cimetière est restreint.
L’intérêt de l’Ouest de l’île de La Réunion s’étend bien au-delà des plages et du cirque de Mafate. Haut lieu de mémoire, le cimetière marin de Saint-Paul livre en effet de précieux témoignages d’une histoire dont nous sommes les héritiers et les gardiens…
- Le cimetière des esclaves et des oubliés